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09
Décembre 2014

Entreprendre dans la santé ou les TIC : pensez international

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L’écosystème lillois présente la singularité d’être « sculpté » en sites d’excellence. Chaque zone est un concentré de compétences spécifiques et donne une certaine lecture de l’environnement économique de la métropole. Lille’s agency a réuni Etienne Vervaecke, directeur d’Eurasanté, et Raouti Chehih, directeur d’EuraTechnologies, afin de croiser leurs visions dans leurs domaines de prédilection : la santé et les nouvelles technologies.

 

Des spécialistes sectoriels et des « boosters » pour les startups

« Eurasanté est une agence de développement économique de Lille et de sa région dans le secteur de la santé. C’est à la fois un parc, un incubateur, un pôle de compétitivité » introduit Etienne Vervaecke. Pour se lancer dans ce marché, une start-up doit posséder une propriété intellectuelle,  un savoir-faire très fort, se différencier par son produit… Mais quels sont les ingrédients clés de réussite d’un projet ? D’après Etienne Vervaecke, l’émulsion prend lorsque sont réunis « une idée innovante, des ressources financières – la santé est un secteur gourmand en ressources capitalistiques car un produit est introduit sur un marché après 10 voire 15 ans de R&D – et des hommes et femmes pour mener à bien le projet. »

La « recette » diffère, semble-t-il, dans le secteur des nouvelles technologies. « Nous ne sommes pas sur les mêmes niveaux de maturité » précise Raouti Chehih. Pour le directeur d’un « écosystème d’entreprises digitales qui porte la mention ‘’pôle d’excellence régional’’ autour de l’informatique ubiquitaire », EuraTechnologies recherche des porteurs de projet ayant atteint un certain niveau technologique. Le candidat idéal est celui qui propose un procédé avancé qui recouvre un besoin latent.

Autre différence majeure : le cadre réglementaire et juridique. Selon Etienne Vervaecke, « l’avantage concurrentiel dans le secteur des TIC repose sur une compréhension anticipatrice des usages à venir. Dans la santé, l’entrepreneur ne peut pas se contenter du besoin ou de l’usage. Le dispositif réglementaire est une donnée importante et conditionne la R&D. Celle-ci peut être mise à mal par le paysage réglementaire parfois peu sensible à l’innovation ! Si une entreprise investit dans la recherche dans un pays, ses efforts peuvent être réduits à néant face à une barrière législative non favorable à sa commercialisation. Pour autant, son investissement peut être gagnant dans un autre pays. »

 

De l’ambition à l’international, un enjeu pour les entrepreneurs

Dans les biotechnologies ou le matériel médical, il faut nécessairement penser international. « Il est illusoire de croire que des investissements en R&D qui se chiffrent en centaines de millions d’euros peuvent être amortis sur un seul marché. » martèle Etienne Vervaecke.

« A la différence des secteurs des TIC, les marchés internationaux dans la santé sont étanches à cause des processus d’autorisation de mise sur le marché très hétérogènes. Il y a un marché mondial de la santé, mais le coût pour l’aborder de manière globale est bien plus conséquent que dans les TIC. Autre facteur : les prises en charge inhérentes à chaque pays. Si un médicament est bien remboursé et bien relayé par les autorités locales, en France par exemple, il peut être voué à un échec commercial dans un autre pays qui n’offrirait pas les mêmes conditions » précise-t-il.

Pour Raouti Chehih, « dans le secteur des TIC, les entreprises ne pensent pas suffisamment au transfert de technologie qui proviendrait d’un autre laboratoire ou d’un autre pays. Par ailleurs, dans sa trajectoire, l’entrepreneur français est encore dans le schéma mental selon lequel seul le rachat de sa société peut être un aboutissement » Problème culturel ? «  Effectivement, il n’y a pas suffisamment de modèles et d’exemples de rachat, donc l’entrepreneur français ne se met pas naturellement dans la peau d’un prédateur », confirme-t-il.

« L’entrepreneur nordiste oublie trop souvent qu’il peut être un point d’agrégation entre les entreprises de différentes tailles à l’étranger. Les accords de sous-licence avec de grands comptes sont malheureusement négligés, et le déploiement à l’international est uniquement envisagé sur les ressources propres de l’entreprise » ajoute Etienne Vervaecke.

 

« Born global » attitude

L’international est donc essentiel d’après Etienne Vervaecke et Raouti Chehih. Quid du phénomène « Born global » ? Ne voit-on pas une nouvelle génération d’entrepreneurs porteurs de business plan taillé pour l’international ?

« Les entrepreneurs ont tout intérêt à penser ‘’global’’ en matière d’accès au financement. Dans la santé, il faut rapidement chercher des relais de croissance à l’extérieur » signale Etienne Vervaecke.

« Chez EuraTechnologies, on arrive progressivement au ‘’born global’’. Il faudra cependant une nouvelle génération d’entrepreneurs pour renouveler le schéma mental vis-à-vis de l’international. Lorsqu’on accompagne une entreprise en incubation, on lui insuffle de l’ambition  pour qu’elle se projette au-delà du statut de PME française » expose Raouti Chehih.

 

Patience, confiance… et communauté

Le rapport à la temporalité et au besoin client diffère selon qu’on se situe dans la santé ou l’informatique ubiquitaire.

Au-delà des disparités, les deux sites d’excellence se rejoignent sur l’envie de créer de l’emploi dans la région de Lille et de faire émerger de grands leaders sectoriels. « Tel un tas de sable, notre base d’entrepreneurs actuels fera émerger à terme un sommet. A condition d’avoir confiance et de cesser l’auto-censure » métaphorise Raouti Chehih. « J’aime bien l’idée du tas de sable qui participe à la dynamique du cluster. De grandes signatures arrivent dans nos parcs. Elles apportent par leur présence une réaffirmation d’appartenance au territoire de nos entreprises » complète Etienne Vervaecke.

« Le collectif est la clé du succès de nos sites. Nous réussissons car le doute fait partie du cycle dans les TIC et qu’il permet la maturation d’une communauté » renchérit Raouti Chehih. « Effectivement, notre écosystème est ingénieux et fonctionne. Nous sommes capables d’aiguiller des startups d’un site d’excellence à un autre. C’est ainsi qu’on a dirigé Giroptic (implantée à Eurasanté), startup destinée à l’origine dans l’activité de la santé, vers EuraTechnologies, au regard de sa solution et des opportunités pour elle. A nous de promouvoir nos compétences et nos atouts pour attirer les talents du monde entier. Par exemple, en matière de capital-investissement et capital-amorçage, la région de Lille propose la plus forte densité d’offres en France » s’enthousiasme Etienne Vervaecke.

A bon entendeur…

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